| Le projet AnCRE (Angers Centre de Ressources Européennes) Entretien avec Katell Martin, en charge du projet AnCRE au Quai d’Angers, outil de conseil et d’accompagnement des professionnels du secteur culturel et créatif. AnCRE (Angers Centre de Ressources Européennes) appartient au réseau européen de centres de ressources qui interviennent en appui aux entrepreneurs du secteur culturel et créatif, et futurs professionnels que sont les étudiants des filières culturelles et artistiques. La structure s’adresse à tous les porteurs de projet d’entreprise culturelle et créative : artistes indépendants, compagnies, entreprises (toutes formes d’entreprise : associations, coopératives, SARL…). Elle développe plusieurs services à leur attention : fonds documentaire sur les arts, la création, et la gestion d’activités ; réunions d’information et ateliers de formation sur les thématiques culture, économie, Europe ; divers groupes de travail ayant pour finalité la dynamique culturelle et créative du territoire. Entretien avec Katell Martin, chef de projet anCRE au Quai d’Angers. Quel est l’enjeu pour un territoire d’agir à l’endroit de la dynamisation économique des acteurs culturels ? A l’heure où la dimension économique du champ culturel apparaît de plus en plus évidente, les entreprises et acteurs culturels jouent un rôle fondamental en terme d’attractivité : si la culture se décentralise, elle ne se délocalise pas, et les politiques prennent ainsi de plus en plus conscience de l’atout que représente ce secteur éminemment créatif et innovant, en terme d’image de leur territoire, et de potentiel d’emplois. Par ailleurs, les collectivités ne vont pas pouvoir assumer financièrement la part de désengagement de l‘Etat. En mettant en place ce type de dynamique, n’y a-t-il pas comme projet pour les territoires de se désengager du financement des acteurs culturels ? Les territoires ne pourront certes pas remplacer l’Etat ; mais en même temps, les enjeux développés ci-dessus sont si forts que ces territoires apporteront leur soutien sous d’autres formes : « le salut » viendra d’une véritable mutation dans les rapports entre le secteur culturel et créatif et les collectivités : ils ne seront plus basés uniquement sur le subventionnement stricto sensu, par la force des choses, mais au même titre que les autres pans économiques de pointe, pourront, bénéficier de l’accompagnement public pour naître, se conforter, grandir éventuellement. Ainsi, plutôt qu’un désengagement du financement des acteurs culturels, il s’agit pour les collectivités d’une autre forme d’engagement, en complément du soutien à la création artistique et à la formation des acteurs. Pouvez-vous préciser ce que vous entendez par « créatif » ? Le terme « créatifs » qui correspond au vocable « creative people », englobe tous les artistes et professionnels intervenant dans le secteur culturel et créatif : arts visuels, arts du spectacle, patrimoine, film et vidéo, télévision et radio, musique, édition, design, architecture, graphisme… Etant membre d’un réseau européen, nous avons cherché à harmoniser notre acception du terme creative people, d’où un vaste champ de professionnels ciblés. Quels process avez-vous mis en ?uvre pour créer ces clusters ? ECCE avait pour objectif de créer à terme des clusters, mais également de fonctionner en logique de cluster, à l’intérieur même du réseau, de par la proximité géographique : Rennes/Angers/Nantes, et Utrecht/Eindhoven/Aachen. Les clusters sont l’aboutissement d’un travail de mise en réseau des acteurs (de l’entreprise, de l’université, de la recherche) dans la perspective de travailler la notion de filière, depuis la création jusqu’à la diffusion. Nous avons commencé à préparer les conditions de mise en place de clusters, en développant un centre de ressources qui propose des services d’accompagnement aux porteurs de projet d’entreprise culturelle et créative. L’objectif final est aussi d’encourager la création de micro-entreprises dans ce secteur, favorisée par l’existence de clusters. Pensez-vous nécessaire d’inventer de nouvelles méthodes de collaborations, d’actions, lesquelles avez-vous développé ? En effet, notamment face aux changements du système de financement de la culture qui se profilent, nous estimons qu’il est temps d’inventer ou de réinventer de nouveaux modes de collaboration entre les acteurs d’un territoire : monde de l’entreprise et monde économique, université et monde de la recherche, monde culturel. Des mondes qui au mieux se méconnaissent, souvent s’ignorent, parfois se méprisent. Or chacun fait partie du paysage local et détient à ce titre une responsabilité dans la dynamique culturelle locale, dont le financement par exemple n’incombe plus seulement à la puissance publique. Il paraît essentiel d’organiser des actions fédérant les acteurs d’univers différents, de développer des partenariats nouveaux comme le partenariat public/privé… Ainsi nous mettons en place des groupes de travail qui rassemblent autour d’une thématique qui les concerne tous, par exemple celui de l’importance de la valorisation de la dynamique culturelle pour tous les acteurs d’un territoire. Comment réagissent les acteurs culturels sur votre territoire ? Les réactions sont diverses, à l’image de la diversité des acteurs concernés par les actions du centre de ressources (artistes et entrepreneurs culturels, depuis le spectacle vivant jusqu’au graphisme). Beaucoup ont conscience des problématiques qui sont les leurs : trouver un équilibre entre nécessité de gérer l’économie d’un projet et volonté de conserver une liberté de création artistique, développer de nouveaux publics et de nouveaux débouchés, développer de nouvelles compétences telles que la capacité à mettre en forme entrepreneuriale un projet, se positionner différemment sur les marchés de la culture, dépasser les frontières anciennes entre les mondes qui a priori s’opposent,… Toutefois, ils sont aussi quelques uns à manifester leurs réticences à l’égard de nos chantiers, notamment par crainte de donner trop de place à la dimension économique et à l’investissement du privé dans ce champ. Pourtant, nous défendons évidemment l’importance du service public de la culture et du soutien de la puissance publique à la création artistique. Il ne s’agit aucunement de basculer dans un système de marchandisation de la culture, mais plutôt d’une part de préparer les acteurs aux changements à venir dans le système de financement, mais surtout de mettre en valeur le potentiel économique, créatif et innovant de la culture pour un territoire, de manière directe ou par effet d’impact. Par ailleurs, les freins se situent parfois aussi là où on les attendait moins, par exemple du côté des structures ou des personnes qui accompagnent les professionnels et futurs professionnels dans l’emploi, selon une démarche traditionnelle de recherche de subventions. Il est difficile de trouver sa place dans un marché concurrentiel, celui de l’accompagnement de créateurs, et encore prématuré de prouver sa légitimité dans un contexte de profond changement qui s’annonce dans le secteur, l’idée étant d’accompagner cette mutation, dans le respect des spécificités du secteur. Au-delà d’une collaboration entre acteurs culturels, quelle place laissez-vous aux entreprises ? Quels types de collaborations peuvent être inventés entre acteurs culturels et entreprises ? Tout d’abord, les entreprises du secteur culturel et créatif font partie de notre cible. D’autre part, en ce qui concerne les entreprises des autres secteurs d’activité, nous cherchons en effet à les rapprocher du monde de l’art et la culture. Nous sommes persuadés que ces univers ont à inventer toutes formes de partenariats : achat d’?uvres par l’entreprise ; recours à des artistes par l’entreprise tout simplement pour leur regard créatif sur une problématique de l’entreprise, ou pour un travail esthétique ; toutes formes de mécénat (compétences, financier…)… Nous allons justement réfléchir aux points qui rassemblent et éloignent artistes, créateurs et entrepreneurs, ainsi qu’aux modes de collaboration possibles entre eux, lors d’un World Café monté dans le cadre de nos missions le 6 mai prochain (pour information, invitation ci-jointe). Que pensez-vous du développement du secteur culturel dans les années à venir ? Le développement du secteur culturel doit de plus en plus s’appuyer sur un véritable travail de réseau : réseau entre partenaires culturels stricto sensu, décloisonnement des projets, action solidaire et citoyenne, mutualisation, projets communs (même s’ils sont spécifiques à chacun), recherches de soutiens et ouvertures les plus diversifiés, sur le territoire, l’Europe, l’international dans des logiques de coopération. Dans ces conditions, et loin d’y perdre ses valeurs bien au contraire, le secteur culturel pourra revendiquer et valoriser ce qui constitue la nature même de son action et de ses projets, et préserver son âme. Publié le 20/04/2008 00:00 ©2008 le hub. Tous droits réservés. www.lehub-agence.com |